
Traitement
PRISE EN CHARGE INITIALE
Mesures symptomatiques - "Stroke units"
Aspirine
Indications des anticoagulants
Traitement thrombolytique IV
Traitement thrombolytique intra-artériel
PREVENTION SECONDAIRE
Traitement médical
Correction des facteurs de risque vasculaire
Anti-agrégants plaquettaires
Indications des AVK
Les inhibiteurs de l'HMG-CoA-reductase
Chirurgie
Territoire carotidien - Endartériectomie
Territoire vertébro-basilaire
Approche radio-interventionnelle - Angioplastie
transluminale
PERSPECTIVES THERAPEUTIQUES
Repos strict au lit, position demi-assise
Assurer la liberté des voies aériennes supérieures : aspiration,
oxygénothérapie si nécessaire, intubation ventilation assisté
si besoin, kinésithérapie respiratoire
Surveillance : conscience, monitoring tensionnel et ECG, température
(biquotidienne)
Maintien d'une tension artérielle suffisante et proscrire
tout traitement de l'HTA. En effet, il existe
une réaction hypertensive secondaire à l'AVC dans 85% des cas,
il s'agit d'une réaction neurovégétative à l'ischémie.
Le dogme que l'on doit bien garder en mémoire est de respecter une hypertension
artérielle à la phase aiguë de l'AVC ischémique. Toutefois,
tout dogme a ses exceptions, une tension artérielle systolique supérieure
à 240 mmHg ou une diastolique supérieure à 140 mmHg pourra
être traitée. Dans ce cas, on utilisera un antihypertenseur à
la seringue électrique pour obtenir une diminution progressive et modérée
de la TA (ex: Loxen* SE 1mg/h - objectif : TA systolique supérieure
à 170 mmHg et TA diastolique supérieure à 100 mmHg).
Il faut proscrire la prescription d'un traitement antiépileptique en
l'absence de crise patente.
En cas de signes précoces d'hypertension intracrânienne, il faut
proscrire les corticoïdes. Des anti-oedémateux osmotiques (MANNITOL*) seront utilisés
par voie IV en flash pendant 24 heure. Toutefois, il faut savoir que leur efficacité
est très modeste.
Veiller au bon équilibre hydro-électrolytique et à la glycémie, mettre en place une voie veineuse
périphérique (du côté non paralysé) avec une
réhydratation adaptée (type IONOK* ou OSMOTAN*). S'enquérir
d'une éventuelle exogénose chronique et prévenir sa décompensation.
Sondage gastrique si il existe des troubles digestifs, des troubles de la vigilance,
des troubles importants de la déglutition. Les premiers repas devront
être surveillés de près à la recherche de troubles
de la déglutition.
Sondage urinaire si troubles de la vigilance
Prévention de la thrombose veineuse périphérique : bas de contention veineuse, HBPM à posologie préventive
1 inj SC / j
Traiter les complications infectieuses (pneumopathie de déglutition)
Nursing, soins cutanés, matelas alternating
Kinésithérapie (mobilisation passive précoce pour éviter
les rétractions tendineuses) et rééducation orthophonique
précoce.
Ces mesures, bien qu'aspécifiques, ont une forte incidence sur le pronostic vital et fonctionnel. Les résultats d'une méta-analyse comparant les "stroke units" à des structures non spécialisées (Stroke units trialists' collaboration, Brit Med J 1997; 314) sont éloquents : réduction de la mortalité précoce de 24% (à 3 mois), réduction de l'institutionnalisation de 34%, ce qui prouve que la réduction de la mortalité en unité spécialisée n'est pas génératrice en contrepartie d'une augmentation du nombre de patients dépendants comme on pourrait le craindre. Une autre étude retrouve des résultats comparables (The effects of a stroke unit, Stroke 1995) : réduction de la mortalité à 6 mois sans augmentation du nombre de patients institutionnalisés, réduction du nombre de transferts en long séjour, retour à domicile plus fréquent, réduction de la durée de séjour de 30%.
Etude CAST (aspirine
160 mg contre placebo) : réduction de la mortalité précoce
(critère principal), réduction de la récidive précoce,
sans augmentation de la transformation hémorragique.
Etude
IST (aspirine 300 mg contre placebo) : réduction
de la mortalité précoce, réduction de la récidive
précoce, sans augmentation de la transformation hémorragique.
Méta-analyse (CAST, IST, groupe aspirine de MAST-Italy) : pour 1000 patients
traités, gain de 9 décès ou récidives d'AVCI non
mortels dans la première semaine, gain de 13 décès ou patients
dépendants dans les premières semaines ou mois suivant l'accident
initial.
Méta-analyse des études CAST, IST et MAST-I
|
Aspirine (n=20207) |
Contrôle (n=20190) |
Evènements évités (/1000) |
p |
Récidive d'AVCI |
2,5% |
3,2% |
7 |
<0,0001 |
AVC hémorragique |
1% |
0,8% |
-2 |
0,06 |
AVC ou décès |
8,2% |
9,1% |
9 |
0,001 |
Décès ou dépendance à la fin du suivi |
45,8% |
47% |
13 |
<0,01 |
Ces études plaident en faveur de l'utilisation de l'aspirine à
la posologie de 160 à 300 mg à la phase aiguë de l'AVCI.
Indications de l'Héparine standard à dose hypocoagulante (seringue électrique avec un objectif de TCA de 1,5 à 2 fois le témoin) :
Cardiopathie emboligène : le rapport du Cerebral Task Force propose de retarder la
mise en route du traitement anti-coagulant d'au moins 48 heures (au delà
du pic de survenue des transformations hémorragiques spontanées)
et d'au moins une semaine chez les patients ayant un infarctus de grande taille
ou une hypertension artérielle non contrôlée, après
s'être assuré de l'absence de transformation hémorragique
au TDM.
AIT
récents, répétitifs
AVCI
évolutif (aggravation sur plusieurs heures
durant plus de 24 h) : après avoir écarté les autres causes
classiques d'aggravation d'un AVCI, c'est à dire la transformation hémorragique
et l'oedème.
Sténose
serrée ou pré-occlusive des artères
de gros calibre en attente d'une intervention ou inopérable
Thrombus
intraluminal
Dissection des artères carotides ou vertébrales extracrâniennes
(pendant une durée de 3 mois)
Coagulopathies
Dans les autres cas :
HBPM à posologie préventive de la thrombose veineuse périphérique.
Par ailleurs, signalons qu'une étude a montré un bénéfice d'une HBPM (Fraxiparine* 0,4 ml x 2 / 24 h pendant 10 j) par rapport au placebo initiée dans les 48 heures suivant l'infarctus cérébral (Low molecular weight heparin for the treatment of acute ischemic stroke, N Engl J Med 1995; 333). Ces résultats n'ont pas été confirmés par l'étude FISS bis (Fraxiparine in ischemic stroke study, Cerebrovasc. Dis 1998; 8).
Voir la
fibrinolyse physiologique
Voir
les justifications physiopathologiques de l'utilisation des thrombolytiques
Voir
les thrombolytiques
Etude |
Traitement |
Délai (h) |
Inclusions |
Exclusions |
Résultats |
Mode de fin |
Mast-I (95) |
StK 1,5 M d'U |
6 |
622 |
Déficit modéré |
Surmortalité
aiguë |
Arrêt prématuré |
Mast-E (96) |
StK 1,5 M d'U |
6 |
310 |
Déficit modéré |
Surmortalité
aiguë |
Arrêt prématuré |
ASK |
StK 1,5 M d'U |
4 |
340 |
Déficit modéré |
Surmortalité
à 3 mois |
Arrêt prématuré |
NINDS |
rt-PA 0,9 mg/kg |
3 |
624 |
Déficit modéré |
Pas de surmortalité
aiguë |
Fin au terme prévu |
ECASS I |
rt-PA 1,1 mg/kg |
6 |
620 |
Déficit modéré |
Pas de surmortalité
aiguë |
Fin au terme prévu |
ECASS II |
rt-PA 0,9 mg/kg |
6 |
800 |
Déficit modéré |
Pas de surmortalité
aiguë |
Fin au terme prévu |

Les résultats de l'étude NINDS sont clairement
positifs sur les 4 critères de jugement
primaire. Globalement, les patientes traités par rt-PA avaient 30% de
chance supplémentaire d'être sans handicap résiduel à
3 mois et ceci malgré une forte augmentation du risque d'hémorragie
intra-crânienne symptomatique. Aux états-unis,
sur la base des résultats de l'étude NINDS, l'actilyse* a reçu
l'aval de la FDA dans la même indication.
L'étude européenne ECASS I selon l'analyse
en intention de traiter est négative.
Il n'a pas été observé de différence entre les deux
groupes pour les deux critères de jugement primaire (moyenne de l'index de Barthel et du score
modifié de Rankin à 3 mois). Les résultats étaient les mêmes
entre 0 et 3 heures et entre 3 et 6 heures. La survenue d'une hémorragie
parenchymateuse avec effet de masse était trois fois plus fréquente
chez les patients recevant du rt-PA, touchait souvent les plus agés,
et se situait dans deux tiers des cas au sein de la zone ischémiée
et était favorisée par la présence de signes précoces
d'ischémie au TDM. ECASS I a été caractérisée
par un fort taux d'inclusions erronées (109 patients), essentiellement
dûes à une mauvaise appréciation de l'étendue de
l'ischémie sur le TDM initial. Une analyse
secondaire, restreinte à la population cible (511 patients), a révélé
une résultat différent, favorable au rt-PA
: dans le groupe traité, 41% des patients n'avaient aucun handicap à
3 mois (Rankin inférieur à 2) contre 30% dans le groupe placebo.
Une autre analyse post-hoc des résultats
de ECASS I, donne des résultats positifs dans la population "en
intention de traiter", en prenant les mêmes critères de jugement
primaire que ceux de NINDS.
L'étude européenne ECASS II a évalué l'Actilyse* à la posologie de
0,9 mg/kg. A
titre indicatif, je vous propose les critères d'inclusion et d'exclusion
de cette étude. Les facteurs les plus limitants en pratique sont en gras.
|
|

Les résultats de l'étude ECASS II sont globalement
négatifs, malgré l'utilisation
de 0,9 mg/kg d'actilyse*. En première analyse, il
n'existe pas de différence significative entre le groupe traité
et le placebo sur le critère aucun handicap en fin d'étude (Rankin inférieur
à 2). Les résultats sont similaires
dans le groupe particulier des patients traités avant 3 heures. La surmortalité
par hémorragie cérébrale était compensée
par la baisse de la mortalité liée à l'oedème. Une analyse post-hoc a montré une augmentation significative
des patients autonomes dans le groupe traité à 3 mois (Rankin inférieur
à 3).
En conclusion, au vu de ces trois études (NINDS, ECASS I et II), il existe un faisceau d'arguments pour penser que le rt-PA peut être bénéfique pour un sous-groupe de patients après un infarctus cérébral :
Infarctus de moins de 6 heures (au mieux moins de 3 heures)
AVCI
modéré à sévère sans trouble de la vigilance
ou de déviation de la tête et des yeux
Pas
ou peu de signes précoces d'ischémie au TDM
(< 1/3 du territoire de la cérébrale moyenne)
Il faut être conscient qu'avec ces critères la fibrinolyse IV ne peut représenter qu'un progrès modeste pour l'ensemble de la prise en charge de l'infarctus cérébral à la phase aiguë. En effet, seule une partie infime (inférieure à 5%) des patients qui entrent dans les unités spécialisées répondent à ses critères.
Le territoire vertébro-basilaire semble plus adapté au traitement thrombolytique. A cela plusieurs raisons : une plus grande tolérance à l'ischémie (délai de prise en charge plus long), un risque hémorragique plus faible, une évolution spontanée catastrophique des occlusion du tronc basilaire (mortalité précoce supérieure à 90%, en cas de survie présence de séquelles neurologiques majeures).
Pour illustrer notre propos, voici les résultats
de l'étude menée par Brandt et Coll.(1995)
|
Le pourcentage de revascularisation a été de 51% (26/51), la revascularisation était
significativement associée aux occlusions
emboliques du tronc basilaire. Dans le groupe
des patients revascularisés, le pourcentage de mortalité a été
de 46%. Dans le groupe des patients non-revascularisés,
le pourcentage de mortalité a été de 92%. Ce qui représente une différence significative,
il y a donc bien intérêt à revasculariser par tous les moyens
le tronc basilaire dans la limite des 48 heures. 14% (7/51) des patients ont
présenté une complication hémorragique mais sans aggravation
du tableau clinique. Dans le suivi des survivants (32 mois), 62% (10/16)
avaient un déficit minime, 31% (5/16) un déficit modéré,
6% (1/16) un déficit sévère.
Cette étude comporte de nombreux biais (patients traités par fibrinolyse IV et intra-artérielle in situ), et porte sur peu de patients. Toutefois, compte tenu du pronostic des occlusions du tronc basilaire, il pourrait sembler licite d'utiliser les thrombolytiques dans cette indication.
L'étude PROACT-II
a évalué l'efficacité de la thrombolyse
intra-artérielle (Pro-urokinase Prolyse*)
: étude en double aveugle, randomisée, versus placebo, analyse
en intention de traiter, stratifiée sur le score NIH initial (4-10 et 11-20).
|
ProUK |
Placebo |
Différence Relative |
Différence Absolue |
Odd Ratio |
p |
|
Rankin < ou = 2 |
40 % |
25 % |
15 % |
60 % |
2,13 |
0,043 |
Délai |
ProUK |
Placebo |
p |
24 heures |
8,3 % |
0 % |
< 0,001 |
36 heures |
10,2 % |
1,8 % |
< 0,001 |
10 jours |
12 % |
3,6 % |
< 0,001 |
Cette étude est donc positive avec une différence relative entre le groupe traité
et placebo de 15% significative pour le critère de jugement primaire.
En termes clairs, pour 1000 patients traités
150 sont guéris ou peu handicapés.
Bien qu'il soit hasardeux de comparer les études PROACT-II et NINDS,
les différences relatives entre les groupes traités et les groupes
placebo semblent comparables dans ces deux études (efficacité
comparable ?). On dénombre 12% d'hémorragies symptomatiques dans
le groupe traité (différentiel de plus de 8% par rapport au groupe
placebo) sans influence toutefois sur la mortalité (l'excès de
mortalité par hémorragie dans le groupe thrombolyse est compensé
par une diminution de la mortalité par l'engagement cérébral
dû à l'oedème).
Pour mémoire, nous signalerons que 12323 patients ont été screenés dans cette étude et que seulement 180 ont été randomisés, ce qui représente moins de 1,5% des patients (!). Les critiques formulées à l'encontre de la thrombolyse IV valent donc aussi pour la thrombolyse intra-artérielle, ce qui est logique compte tenu de la similarité des critères d'inclusion et d'exclusion.
Au vu de cet étude, il ne semble pas exister de différence patente en terme d'efficacité entre la thrombolyse IV et intra-artérielle. Il restera à préciser, si cette affirmation est confirmée, les indications respectives de ces deux techniques.
HTA :
La méta-analyse de Collins à permis de démontrer qu'une diminution de 5mmHg de la diastolique diminuait le risque d'AVC de 50%. Des résultats comparables ont été obtenus dans les HTA systoliques isolées (étude SHEP) et dans les HTA systolo-diastoliques quelque soit l'âge (65 à 74 ans dans l'étude MRC Working party, 70 à 84 ans dans l'étude Stop HTA). Les antihypertenseurs testés dans ces études étaient les diurétiques et les bêtabloquants. Les IEC et les anticalciques dont l'efficacité n'est plus à démontrer dans le traitement de l'HTA, n'ont pas été évalués dans la prévention secondaire des AVCI.
Traiter
les hyperlipidémies
Traiter un diabète
Arrêt
du tabac
Aspirine :
En prévention secondaire, elle diminue le risque d'AVCI de 13 à 20%, d'infarctus du myocarde de 30% et la mortalité globale vasculaire de 25%. On considère que le traitement de 1000 personnes pendant 2 ans permet d'éviter 25 AVCI après un premier AIT, 4 AVC après une artériopathie des membres inférieurs, 1 AVC après un infarctus du myocarde (30 au total).
La posologie de l'aspirine est toujours discutée. Les méta-analyses récentes des essais cliniques d'aspirine versus placebo n'ont pas mis en évidence de différence significative d'efficacité entre les doses faibles (50-100 mg), moyennes (250-500) et fortes (1000-1500 mg). Un consensus s'instaure donc autours de doses allant de 100 à 300 mg/j. Celles-ci représentent le meilleur compromis efficacité-risque (ulcère gastrique, AVC hémorragique). En effet, les effets secondaires digestifs sont clairement dose dépendants et les taux les plus bas de sortie d'essai pour évènement indésirable ont été rapportés dans les essais SALT (2%) et Dutch TIA (5%) aucours desquels les doses d'aspirine les plus faibles ont été utilisées (75mg versus placebo et 30 versus 283 mg). Enfin, dans l'étude ESPS 2, il n'y avait pas plus de sortie d'essai pour troubles digestifs dans le groupe aspirine (50 mg) que dans le groupe placebo.
Aspirine + Dipyridamole (Asasantine*
LP 25mg ASP + 200mg DP - 2 gel/j) :
L'étude ESPS2 retrouve une diminution siginificative du risque relatif d'AVCI du groupe traité par l'association aspirine (50 mg/j) - dypiridamole (400 mg/j) par rapport au groupe placebo. Cette réduction du risque relatif est significativement plus importante que la réduction due à l'aspirine seule (50 mg/j). Il semble donc maintenant légitime de proposer cette association en prévention secondaire des AVCI si elle est bien tolérée (céphalée, nausée, vomissement, diarrhée).
Critères de jugement principaux de ESPS 2 (RRR réduction du risque relatif)
AVCI (RRR en %) |
Décès (RRR en %) |
AVCI ou Décès (RRR en %) |
IDM (RRR en %) |
Evènements vasculaires (RRR en %) |
|
ASA / Placebo |
18,1 (p=0,013) |
10,9 (p=0,204) |
13,2 (p=0,016) |
13,2 |
13,3 |
DP / Placebo |
16,3 (p=0,039) |
7,3 (p=0,453) |
15,4 (p=0,015) |
-7,2 |
10,5 |
ASA+DP / Placebo |
37 (p<0,001) |
8,5 (p=0,324) |
24,4 (p<0,001) |
22,1 |
31,6 |
ASA+DP / ASA |
23,1 (p=0,006) |
-2,7 (p=0,777) |
12,9 (p=0,056) |
10,3 |
21,1 |
Evènement vasculaires évités pour 1000 patients traités
pendant 2 ans (ESPS 2)
ASA (50 mg/j) |
41 |
ASA (50 mg/j) + DP (400 mg/j) |
70 |
Incidence des effets secondaires, étude ESPS 2 - Sorties d'essai entre
parenthèses
Placebo (n=1649) |
ASA (n=1649) |
DP (n=1654) |
ASA+DP (n=1650) |
|
Céphalées |
32,3% (2,3%) |
33,1% (1,8%) |
37,1% (7,9%) |
38,1% (8%) |
Troubles digestifs |
28,1% (3,6%) |
30,4% (3,6%) |
30,5% (6,1%) |
32,7% (7%) |
Diarrhée |
9,3% |
6,6% |
15,3% |
12% |
Hémorragies |
4,5% (<1%) |
8,1% (1,2%) |
4,6% (<1%) |
8,7% (1,2%) |
Ticlopidine (Ticlid*)
:
Elle est utilisée à la posologie de 500 mg/j (2 cp/j). L'étude TASS a montré une supériorité significative (RRR d'AVCI ou de décès de 12%) de la ticlopidine dans la prévention des AVCI versus aspirine à la posologie de 325mg/j. Il faut mettre en balance cette supériorité avec le risque d'agranulocytose qui est certes rare (1-2%) mais qui menace potentiellement le pronostic vital.
Clopidogrel (Plavix*
75 mg 1 cp/j) : voir la page consacrée à l'étude CAPRIE
Dans l'essai CAPRIE (clopidogrel 75 mg versus aspirine 325 mg/j), la réduction du risque relatif d'évènements vasculaires était de 8,7% dans l'ensemble de la population athéro-thrombotique (significatif - essai positif) mais de 7,3% dans le sous-groupe des AVCI (non significatif - analyse post-hoc).
Evènements vasculaires évités pour 1000 patients traités pendant 1 an (CAPRIE)
ASA (325 mg/j) |
19 |
Clopidogrel (75 mg/j) |
24 |
Ils sont à réserver aux cardiopathies emboligènes. Les études cliniques de prévention primaire sont concordantes et retrouvent une réduction du risque d'AVCI et d'embolie systémique de 60% sous warfarine (contre placebo) des patients présentant une FA non rhumatismale. Ce bénéfice est obtenu avec un risque acceptable de complications hémorragiques (0,5 à 2,1%). Le bénéfice de l'aspirine dans le même indication reste controversé (réduction significative de 40% par rapport au placebo dans l'étude SPAF I, effet non significatif dans l'étude AFASAK). L'aspirine pourrait toutefois représenter une alternative aux AVK en cas de contrindication.
Prévention primaire des AVCI par anti-thrombotique dans la FA non rhumatismale
Warfarine INR |
Réduction du RR% groupe warfarine |
Hémorragie
sévère |
Aspirine (mg) |
Réduction du RR% groupe aspirine |
|
AFASAK |
2,8 - 4,2 |
55 |
0,5 |
75 |
13 |
SPAF I |
2 - 3,5 |
69 |
1,5 |
325 |
43 |
BAATAF |
1,5 - 2,7 |
87 |
1,2 |
- |
- |
CAFA |
2 - 3 |
35 |
2,1 |
- |
- |
SPINAF |
1,4 - 2,8 |
79 |
1,3 |
- |
- |
Ils pourront être discutés dans :
dans l'athérome de la crosse aortique
dans la
prévention secondaire des AVCI récidivants imputables à
un athérome intracrânien, après
l'échec des antiagrégants
dans la
prévention secondaire des AVCI récidivants imputables à
un athérome extracrânien chez des patients inopérables, après l'échec des antiagrégants
Etude ACAPS :
inclusion de 919 patients asymptomatiques présentant une athérosclérose
carotidienne avec une cholestérolémie
comprise entre le 60eme et le 90eme percentile avec commme critère primaire
la mesure de la moyenne des épaisseurs maximales intima-média
en 12 points des artères carotides et comme critère secondaire
l'incidence de survenue d'épisodes vasculaires à 3 ans d'évolution.
Un traitement antiagrégant plaquettaire (80 mg/j) fut recommandé
pour l'ensemble des patients inclus. 2 groupes
de patients : lovastatine contre placebo (randomisé, double aveugle)
Résultats :
- réduction du LDL cholestérol de 28% dans le groupe traité
- réduction significative de la moyenne
des épaisseurs maximales intima-média à 3 ans (p=0,001)
- réduction de l'incidence des évènements
vasculaires (5 contre 14 dans le groupe placebo,
p=0,04)
- réduction de la mortalité (1 contre 8 dans le groupe placebo,
p=0,02)
Etude CARE :
inclusion de 4159 patients après un infarctus
du myocarde. 2
groupes de patients : pravastatine contre placebo
(randomisé, double aveugle). Critères de jugement : incidence
des AVCI et des AIT à 5 ans d'évolution.
Résultats :
- réduction du LDL cholestérol de 32% dans le groupe traité
- réduction significative de l'incidence
des AVCI (32% p=0,03)
- réduction significative de l'incidence
des AVCI ou AIT (27% p=0,02)
- cette réduction reste significative après stratification par
age, sexe, facteurs de risque (HTA, tabac, diabète, HDL, LDL, TG)
Les méta-analyses des études de prévention primaire et
secondaire par inhibiteur de l'HMG-CoA-réductase retrouvent une réduction
significative du risque d'AVCI (27% p=0,001). Les
méta-analyses des seules études de prévention secondaire
retrouvent toujours une réduction significative du risque d'AVCI (32%
p=0,001).
Etude sur modèle animal (souris) : le traitement prophylactique des souris
normocholestérolémiques par inhibiteur de l'HMG-CoA-réductase
est responsable d'une augmentation du débit
sanguin cérébral, d'une réduction de la taille de l'infarctus cérébral et d'une amélioration
de la récupération fonctionnelle.
L'ensemble de ces études plaident en faveur de l'utilisation des inhibiteurs de l'HMG-CoA-réductase dans la prévention secondaire des AVCI chez le sujet hypercholestérolémique mais aussi probablement chez le sujet normocholestérolémique. Les études sur l'animal suggèrent un mode d'action différent de la seule baisse du cholestérol LDL. Ces molécules semblent activer l'enzyme NO-synthétase endothéliale (vasodilatation et augmentation du débit sanguin cérébral). L'activation de cette enzyme serait responsable de l'effet neuroprotecteur des inhibiteurs de l'HMG-CoA-réductase mis en évidence sur les modèles animaux. Toutefois, ces résultats demandent la confirmation de larges études multicentriques contre placebo qui restent à mener.
Sténose symptomatique |
Etudes NASCET et ECST |
Commentaire |
> 70% |
Bénéfice de la chirurgie |
Le risque d'AVC invalidant est réduit de 45% |
< 40% |
Pas de Bénéfice de la chirurgie |
- |
40 à 70% |
Zone d'incertitude |
Pas d'attitude systématique, l'indication devra être guidée par la présence de complications de la plaque (ulcération ?), par l'age du patient, en cas de répétition des AVCI. |
Sténose asymptomatique |
Etude ACAS |
Commentaire |
> 60% |
Bénéfice de la chirurgie si le taux cumulé de mortalité-morbidité est inférieur à 3% |
Le risque d'AVC à 3 ans passe de 11% à 5% (réduction du risque relatif de 53%) |
< 60% |
Pas de bénéfice de la chirurgie |
- |
Un traitement Antiagrégant plaquettaire définitif est toujours
donné en post-opératoire.
En cas de sténose bilatérale supérieure à 70%, le côté symptomatique sera traité en premier, sauf si la carotide interne controlatérale a une sténose pré-occlusive avec un retentissement hémodynamique sévère.
Les sténoses des vertébrales dans leur territoire cervical (V1 et V2) sont rares et sont rarement impliquées dans la genèse des AVCI vertébro-basilaires. Rappelons que l'athérome intracrânien des vertébrales et du tronc basilaire est beaucoup plus souvent en cause. Les techniques chirurgicales des artères vertébrales n'ont jamais été évaluées par des essais contrôlés. Ces techniques seront donc réservées à des cas particuliers : symptomatologie vertébro-basilaire ne pouvant être attribuée à une autre étiologie, sténose ostiale serrée d'une vertébrale avec une vertébrale controlatérale hypoplasique à l'artériographie.
Cette technique est intéressante par plusieurs aspects : simplicité, rapidité (réduction du temps de clampage par rapport à la chirurgie), durée d'hospitalisation inférieure à 72 heures, possibilité de traitement des artères intracrâniennes. Par contre, elle expose au risque d'AVCI par migration embolique, aux autres complications de l'artériographique et son résultat n'est pas toujours définitif (risque de resténose). Enfin et surtout, il n'existe pas encore d'essai clinique la comparant à l'endartériectomie dans la prise en charge des sténoses carotidiennes extracrâniennes (une étude de la société de chirurgie vasculaire est en cours).
Voici les résultats de quelques études
ouvertes :
Année |
Auteurs |
Nombre de cas |
AIT |
AVC |
Décès |
TCMM |
Resténose |
Suivi |
1992 |
Munari |
44 |
1 |
4 |
0 |
11,4 |
16 |
3 ans |
1994 |
Higashida |
42 |
5 |
1 |
0 |
14 |
? |
? |
Brown |
18 |
2 |
2 |
1 |
22,2 |
? |
? |
|
1996 |
Eckert |
54 |
8 |
3 |
0 |
20 |
? |
? |
Wholey |
61 |
2 |
3 |
0 |
8 |
? |
? |
|
Kachel |
65 |
1 |
1 |
0 |
3 |
? |
? |
|
Dietrich |
83 |
5 |
6 |
2 |
15,6 |
? |
7 mois |
|
Théron |
174 |
0 |
7 |
1 |
4,5 |
4 à 15 |
? |
|
Bergeron |
38 |
3 |
2 |
1 |
13 |
6 |
18 mois |
|
1997 |
Henry |
131 |
3 |
3 |
0 |
4,5 |
4,6 |
12 mois |
- |
Total |
710 |
30 |
32 |
5 (1,2%) |
3 à 20% |
4 à 16% |
- |
Ces études révèlent pour le moment les faiblesses de ces
techniques avec un TCMM nettement supérieur à 3% et un important
taux de resténose.
Ces techniques ne devraient donc se pratiquer que dans le cadre d'essais cliniques contrôlés. Compte tenu des risques emboliques, il semblerait logique d'exclure de ses études les plaques compliquées (ulcérées) ou les plaques calcifiées.
Enfin, il sera très intéressant d'évaluer
cette technique dans le domaine réservé de l'athérome
intracrânien ou elle n'est pas en compétition
avec la chirurgie. Voici les résultats de quelques études préliminaires
dans cette indication :
Auteurs |
Nombre de cas |
Mortalité |
Morbidité |
Resténose |
Taux d'échec |
Touho |
19 |
0 |
0 |
30% |
31% |
Clark |
17 |
0 |
9% (2 AVC) |
0 |
18% |
Ces études portent sur trop peu de cas pour pouvoir conclure. Pour mémoire,
sachons que le risque d'AVC pour une sténose de M1 est de 2 à
7%/an et de 4 à 10% pour une sténose vertébro-basilaire
intracrânienne.
|
Les nouveaux antiagrégants plaquettaires
:
- Ridogrel : il inhibe la thromboxane synthétase et le récepteur
du thromboxane
- Réopro*
: il s'agit d'anticorps monoclonaux dirigés contre la Gp IIb-IIIa (récepteur
de la fibrine)
Résultats de l'étude de tolérance de phase II Réopro* : La tolérance est bonne car aucune hémorragie intracrânienne symptomatiques n'a été enregistrée. Il n'existait pas de surmortalité dans les groupes traités mais plutôt une tendance à l'amélioration du score neurologique par rapport au groupe placebo. On signalera toutefois que seulement 70 patients ont été inclus. Ces résultats sont intéressants et devront être confirmés par des études de phase III.
- Integréline : Peptide entrant en compétition avec le fibrinogène
pour inhiber de façon réversible sa fixation au récepteur
Gp IIb-IIIa
Etc... Nous attendons les résultats des
essais thérapeutiques
Les nouveaux anticoagulants :
- Les pentassacharides : ils sont limités au site de fixation de l'ATIII, c'est
une héparine de synthèse d"ultra bas poids moléculaire"
- Dermatan sulfate
: glycosaminoglycane activateur du second cofacteur de l'héparine (HCII)
qui catalyse l'inactivation exclusive de la thrombine
- Noraparcyl
: précurseur de la synthèse des glycosaminoglycanes endogènes
activateurs de l'HCII
- Orgaran : contient
de l'héparan sulfate qui active l'ATIII et l'HCII
- Hirulog : peptide
inhibant le site actif de la thrombine
- Argatroban
: dérivé de l'arginine inhibant le site actif de la thrombine
Etc... Nous attendons les résultats des
essais thérapeutiques
Les nouveaux fibrinolytiques :
- Ancrod Viprinex*: extrait purifié du venin de la vipère Agkistrodon Rhodostoma qui stimule la libération du tPA (n'active pas directement le plasminogène)
Résultat étude STAT (ancrod versus placebo) : 500 patients inclus ayant présenté un AVCI datant de moins de 3 heures. Le critère de jugement primaire correspondait à la guérison (index de Barthel > ou = à 95 à 3 mois). Cet essai est positif avec 41,1% de patients guéris à 3 mois dans le groupe ancrod contre 35,3% dans le groupe placebo (p=0,041), ce qui représente un bénéfice absolu de 6% (à comparer au 14% de rt-PA). La tolérance est meilleure que pour le rt-PA avec 5,2% d'hémorragies symptomatiques dans le groupe ancrod contre 2% dans le groupe placebo (p=0,063) sans différence de mortalité entre les deux groupes.
- DSPA1 : activateur du plasminogène extrait de la salive des
chauve-souris
Etc...
La voie des neuroprotecteurs :
Voir les rappels de neuropathologie
- Inhibiteurs de la libération du Glutamate : Les molécules à l'étude sont des dérivés de la lamotrigine (Lamictal*). Les essais sur modèle animal d'AVCI (rat) montrent une réduction de la taille de l'infarctus. Ces molécules sont en phase III.
- Antagonistes des récepteurs
NMDA :
Les essais de phase III de l'Eliprodil sont peu concluants bien qu'il ait montré
une efficacité sur des modèles animaux. Les essais de phase III
du Cerestat sont en cours (antagoniste non compétitif). Le magnésium
se comporte comme un antagoniste non compétitif des récepteurs
NMDA
- Agonistes des récepteurs GABAa : Le Clométhiazole montre une réduction de la taille de l'infarctus sur des modèles animaux d'AVCI. Cette molécule est en phase III.
Etude CLASS (Clomethiazole
Acute Stroke Study Stroke 1999;3021-28) : essai controlé, en double aveugle,
contre placebo, 1360 patients inclus. Cet essai
est négatif. En effet, pour le critère
primaire (index
de Barthel supérieur ou égal à
60), la différence entre les deux groupes n'est pas significative. Par
contre, dans le sous-groupe des AVCI sylviens étendus (aphasie ou négligence
+ déficit sensitif et/ou moteur + hémianopsie latérale
homonyme) représentant 42% des patients de l'étude la différence
pour le critère primaire est très significative.
Clomethiazole |
Placebo |
p |
|
1360 patients |
56,1 % |
54,8 % |
0,649 NS |
AVCI sylvien total (40%) |
40,8 % |
21,8 % |
0,008 |
Bien que cette étude soit négative, les
résultats obtenus dans le sous-groupe des patients ayant un AVCI sylvien
étendu nous paraissent très intéressants. Les auteurs supposent que c'est dans le cadre des AVCI étendus
que la zone de pénombre ischémique est la plus importante. Se
fondant sur cette hypothèse, une seconde
étude est en cours (CLASS I) pour tester l'efficacité du clométhiazole dans le cadre des AVCI étendus.
- Modulation de la sécrétion du monoxyde d'azote : Le Lubeluzole (Prosynap*) diminue la concentration extracellulaire du glutamate et diminue la toxicité du NO glutamate induit. Les essais sur modèle animal d'AVCI montrent une réduction de la taille de l'infarctus. Cette molécule est en phase III.
- Les antiradicaux libres : ils protègent contre l'oxydation des phospholipides membranaires et de l'ADN par les radicaux libres au moment de la reperfusion (physiologique ou thérapeutique). Le Tirilazad montre une réduction de la taille de l'infarctus sur des modèles animaux. Cette molécule est en phase III.
- Les inhibiteurs de l'adhésion leucocytaire : Il s'agit de molécules anti-ICAM1. En effet, les lésions cellulaires ischémiques sont probablement aggravées par l'inflammation post-ischémique. Ces molécules ont montré une réduction significative du déficit séquellaire dans les modèles animaux d'AVCI (rat et lapin).
Les antibiotiques : des
essais thérapeutiques sont planifiés pour étudier l'efficacité
des antibiotiques efficaces (macrolides, fluoroquinilones ?) sur les germes apparentés en
prévention secondaire des AVCI.